Promotion du pot chez les jeunes: la SQDC retire quelques images tout en justifiant ses pratiques

En réaction à un reportage vitriolique publié la semaine dernière par DepQuébec (voir ici), la Société québécoise du cannabis (SQDC) a donné raison en partie au portail No 1 des dépanneurs en retirant de ses réseaux sociaux les images controversées d’employés jovialistes qui lèvent le pouce ou font le signe de « peace ». Toutefois, la société d’État maintient et défend la diffusion de photos d’employés prises à l’intérieur de succursales qui ne montrent pas de produits en vente.

Sortant de son mutisme, la SQDC a enfin accepté de répondre à nos questions concernant ses pratiques de prévention auprès des jeunes, notamment le filtrage des mineurs sur son site internet que nous avons qualifié de risible ainsi que les photos de ses étalages de produit en magasin qu’on retrouve en grande quantité sur Google.

Dans l’ensemble, la société d’État estime qu’elle agit conformément à son mandat et aux paramètres de la loi et n’entend donc pas modifier ni renforcer ses pratiques de sorte que les images de « gentils pushers » de la SQDC posant avec le sourire sont là pour rester, qu’on le veuille ou non.

Ce type d’image qui, à la longue, aura pour effet de rendre sympathiques et acceptables les « pushers » du gouvernement, continueront ainsi d’être utilisées, diffusées et affichées sur internet par la société d’État dans des sites largement accessibles aux enfants de tous âges, de la maternelle à la puberté et ce, pour des générations à venir.

fumer c'est cool SQDC
RETIRÉ! Tel que prévu par DepQuébec la semaine dernière, ce photomontage vidéo publié en une de la page Facebook de la SQDC et montrant des employés un peu trop exubérants a vite pris le chemin des oubliettes. En revanche, les images d’employés souriants plus posés demeurent et vont continuer d’être diffusées par la société d’État en soutien au recrutement de personnel.
Photos d’employés et non de produits

Contrairement à ce qu’affirmait DepQuébec la semaine dernière, la SQDC estime que la Loi encadrant le cannabis permet la diffusion sur facebook de photos montrant l’intérieur des succursales ainsi que des étalages de cannabis  en autant que l’on ne puisse distinguer les produits.

fabrice giguère sqdc« L’article 40 de la Loi est à l’effet que c’est le produit, le cannabis, et non pas les étagères, qui ne peut être vu que de l’intérieur du point de vente de cannabis. » — Fabrice Giguère, porte-parole de la SQDC

Ainsi, la société d’État estime légal et approprié de diffuser publiquement des photos d’employés prises à l’intérieur de succursale en les retouchant même au besoin pour dissimuler des produits étalés en arrière-plan.

De plus, la SQDC estime primordial de pouvoir publier des photos d’employés souriants en raison des efforts de recrutement en cours. Le réseau de succursales étant en plein déploiement, les besoins de main d’oeuvre sont grands, d’où les nombreux efforts menés sur le plan de la promotion des emplois, des bénéfices, de l’ambiance de travail et autres afin de rendre les postes disponibles plus attrayants.

« Nous ne voyons pas de lien entre la qualité de nos emplois et la consommation de cannabis. Ces photos ne sont pas de nature à encourager la consommation ou un produit. De plus, et de manière générale, il est important pour la SQDC d’expliquer sa mission au public, qui en est ultimement l’actionnaire. » — Fabrice Giguère, SQDC

Cette orientation fait incidemment partie du plan stratégique 2021-2023 de la société d’État. Aussi, rappelle-t-on, le Québec est déjà la province la plus stricte à tous les égards en matière de réglementation entourant la distribution et la vente de cannabis.

Certes, la photo d’un employé souriant sur un fond neutre ne peut être reliée, de près ou de loin, à la promotion du cannabis. Mais l’image de ce même employé heureux et jovial portant cette fois le tablier vert corporatif de la SQDC avec son logo rappelant la feuille de chanvre, ou posant dans une succursale avec pour décor des affiches, des mots, images ou références au cannabis, participe à la valorisation de la profession de « pusher légal », donc indirectement à l’acceptation sociale du cannabis et sa banalisation… et tout cela, auprès des jeunes et dès leur plus tendre enfance.

employés souriants sqdc
LÉGALES SELON LA SQDC, MAIS L’EST-CE VRAIMENT? Ces photos d’employés rayonnants ont été ou sont encore diffusées sur la page Facebook de la SQDC. Prises à l’intérieur de succursales, elles ne montrent pas les produits, sinon de manière floue. Parcontre, on distingue très bien, sur la photo de gauche, le mot « Sativa » et sur celle de droite, un plan de cannabis. Or, la diffusion promotionnelle d’images, de représentations ou autres de cannabis est strictement interdite par la loi. Un dépanneur pris à montrer un plan de pot ou même, une simple feuille de cannabis sur sa page facebook est passible d’une amende minimum de 7 500$, frais inclus. Cette loi s’applique tout autant à la SQDC, qui préfère toutefois l’ignorer.
Barrière d’âge: la SQDC pas intéressée à faire mieux

Concernant le site de vente en ligne de la SQDC, DepQuébec dénoncait la semaine dernière la facilité avec laquelle des mineurs peuvent y accéder, la seule barrière étant une requête d’entrer une date de naissance qui, dès qu’elle vous confère 21 ans d’âge, vous laisse entrer sans autre forme de vérification.

UNE BARRIÈRE COSMÉTIQUE – N’importe quel mineur peut accéder au site de vente en ligne de la SQDC. Il suffit simplement d’entrer une date de naissance équivalant à 21 ans d’âge ou plus et le tour est joué.

À cet égard, la SQDC convient que la méthode actuelle n’est pas parfaite mais estime néanmoins son approche conforme.

« Notre barrière d’âge sur notre site Internet est conforme à la loi et aux recommandations de Santé Canada et il est à l’image de ce que font les autres provinces canadiennes. Bien que ce ne soit pas une méthode parfaite, elle s’inscrit dans un contexte où la vérification d’âge finale se fait au moment de la livraison du produit. » — Fabrice Giguère, SQDC

Vérification faite, il est faux de prétendre que Santé Canada endosse l’utilisation de la barrière d’âge superficielle qu’emploie la SQDC. Dans une lettre adressée aux titulaires de permis (voir ici), l’organisme fédéral estime au contraire que l’attestation d’âge sans vérification « peut être facilement contournée par les jeunes » et que les opérateurs de site « devraient implanter des mesures additionnelles pour éviter que les mineurs aient accès au contenu promotionnel ».

Par ailleurs, certaines provinces vont beaucoup plus loin que le Québec pour empêcher l’accès des mineurs sur le site de vente en ligne. La Nouvelle-Écosse, notamment, utilise son réseau de vente d’alcool pour vérifier l’âge des clients désireux de visiter le site internet et leur émettre une carte avec un code d’accès. Pourquoi alors la SQDC n’en fait-elle pas autant? Nos jeunes sont-ils moins importants à leurs yeux?

carte acces cannabis nouvelle-écosse
LA NOUVELLE-ÉCOSSE MONTRE LA VOIE : Si la SQDC était vraiment soucieuse de protéger les jeunes et les mineurs, elle ferait comme la Nouvelle-Écosse, soit d’exiger de sa clientèle l’obtention d’une carte et d’un code d’accès à son site internet en se présentant et en s’identifiant dans une succursale de la SAQ. Ainsi, tous les utilisateurs et visiteurs du site seraient assurés et contrôlés quant à leur majorité. Et semble-t-il que cette mesure n’a jamais nuit aux ventes en ligne de cannabis dans cette province de l’Atlantique!
Photos sur Google : pas grand chose à faire

DepQuébec rapportait en outre la semaine dernière à quel point il est facile d’avoir accès à des photos montrant l’intérieur des succursales de la SQDC, photos accessibles à tous sur Google Map, même aux mineurs.

En effet, chaque magasin de la SQDC dispose d’une fiche sur le moteur de recherche sur laquelle n’importe qui peut y accoler des photos de son cru. Or, c’est le cas pour la plupart des magasins avec souvent plusieurs, sinon parfois jusqu’à une douzaine de photos détaillées des produits offerts à l’intérieur des succursales de la SQDC.

gros plan d'étalage sqdc
AVEC LA BÉNÉDICTION D’EMPLOYÉS? La photo du haut qu’on retrouve accolée à plusieurs magasins différents de la SQDC sur Google Map est illégale. Elle montre un très gros plan d’étalage permettant de distinguer avec précision les différents produits, les marques et autres. Or, juste devant, se tient un employé passif de la SQDC qui assiste à la scène. Cela donne à penser que ce dernier n’a fait rien pour empêcher la photo ou même, donné son aval pour qu’elle soit prise.

À cet égard, le porte-parole de la SQDC admet son impuissance.

« Pour ce qui est des photos prises par des clients, ce n’est pas une pratique acceptée à la SQDC. Les gardiens de sécurité demandent à ces derniers de ne pas prendre de photo. Évidemment il est impossible d’intercepter toutes les personnes qui prennent des photos avec leur cellulaire. Nous devons, de plus, respecter la vie privée de nos clients et nous ne pouvons pas leur demander de laisser leur téléphone à l’entrée. » — Fabrice Giguère, SQDC

Il convient toutefois de rappeler que la SQDC exige à tous ses clients, à l’entrée des magasins, de montrer une carte d’identité conforme comme un permis de conduire ou une carte d’assurance-maladie. Alors pour ce qui de respecter la vie privée, on repassera!

Une culture d’entreprise nettement déficiente

En somme, nous pouvons dès lors faire les constats suivants concernant la prévention du cannabis chez les jeunes à la SQDC:

  • d’abord, chaque fois qu’on lui pose des questions sur le sujet, la SQDC ne répond qu’avec un couteau sur la gorge. Il y a d’emblée un réel problème de transparence et une difficulté évidente d’aborder le sujet;
  • ensuite, pour ce qui est de la publication de photos sur les réseaux sociaux, la SQDC n’a pas de ligne claire et c’est pourquoi, à trois reprises depuis les dernières deux années, elle a fait n’importe quoi et a dû reculer tout en improvisant ses directives au fur et à mesure;
  • de plus, elle semble minimiser la portée de ses actions et voire même, feindre de comprendre les effets à long terme que peuvent avoir, auprès des enfants, le fait de légitimer et rendre sympathique la profession de « pusher » d’état;
  • enfin, pour ce qui est de la barrière d’accès à son site, elle met de l’avant un système qu’on sait inefficace, minimise l’importance pour les jeunes d’y avoir accès et bien qu’elle puisse faire mieux, s’y refuse d’avance en indiquant faire comme les autres;
  • finalement, pour ce qui est de la prise de photo en magasin, elle hausse les épaules en soutenant ne pouvoir rien faire.

Avec un réseau en plein déploiement, on comprend que la prévention chez les jeunes n’est pas une réelle priorité à la SQDC, celle-ci ayant bien d’autres chats à fouetter comme d’ouvrir de nouveaux magasins et engager du monde.

Ajoutez à cela le manque total de contrôle, d’inspection et de supervision par le MSSS (pourtant chargé d’appliquer la loi) et il n’est guère étonnant de constater une absence quasi complète de préoccupation institutionnelle, de politique structurée et cohérente et de pratiques sérieuses et irréprochables quant à la prévention du cannabis chez les jeunes. Comme si, en fait, ce n’était pas son problème.

Sa seule vraie préoccupation, c’est de « faire du cash », tout simplement.

Et tout cela corrobore au Québec l’existence d’un système de deux poids deux mesures entre d’une part, les sociétés d’État qui font à peu près tout ce qu’elles veulent et à qui l’on donne le bon dieu sans confession et, d’autre part, les dépanneurs, tabagies et boutiques d’accessoires qu’on regarde de très très haut et sur qui on frappe sans relâche avec des milliers de dollars d’amendes pour la moindre peccadille.

C’est ça le Québec, que voulez-vous.

DepQuébec

Allo

DepQuébec a publié 25 articles et ça continue. Voyez tous les articles de DepQuébec

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *