Quel avenir pour les stations d’essence de Loblaw au Québec?

L’an dernier, Loblaw annonçait vouloir se départir de ses 213 stations d’essence À plein gaz au Canada. Dès lors, plusieurs ont pressenti Alimentation Couche-Tard comme acheteur potentiel.

Surprise, c’est plutôt Brookfield Business Partners (BBP) qui s’est porté acquéreur du réseau.

Pour ceux qui ne connaissent pas, BBP est un peu l’équivalent de la Caisse de dépôt et de placements mais pour des investisseurs privés. Ce conglomérat canadien basé à Toronto connaît un immense succès mondial avec une recette à la Warren Buffett dans lequel il investit à long terme dans des actifs tangibles à grande valeur (immeubles, infrastructures, ports, chemins de fer, production d’électricité, etc.). La société gère un total de 250 milliards $ US d’actifs à travers le monde et son historique de rendement en fait un des chouchous de Wall Street. Le président, Bruce Flatt, véritable génie de la finance, a d’ailleurs fait la une du magazine Fortune pas plus tard qu’il y a deux mois.

Véritable génie de la finance, Bruce Flatt est considéré par Wall Street comme le Warren Buffett canadien.

Dès que l’acquisition sera approuvée, à l’automne, nous aurons donc au Québec un nouveau joueur dans la vente au détail de l’essence. Mais entendons-nous.

Sans être négligeable, l’impact du réseau d’essence de Loblaw au Québec est très relatif dans le marché.

Selon notre dernier recensement, À plein gaz ne compte plus que 10 stations d’essence au Québec tout entier, toutes situées dans des stationnements de supermarchés Maxi ou Provigo.

Il n’y en a qu’une seule à Montréal, une à Québec, une à Chicoutimi, mais aucune à Sherbrooke, Trois-Rivières ou Gatineau. Les autres sont à Lachute, Saint-Lin, Victoriaville, Delson, etc.

C’est très peu. Ailleurs au Canada, le même concept est beaucoup plus concentré : on en compte une dizaine à Edmonton, à Calgary, à Vancouver, à Toronto, soit autant dans chacune de ces villes que dans le Québec tout entier.

L’idée de telles stations au départ était d’offrir aux clients de Loblaw une valeur concurrentielle en permettant des promotions croisées d’essence via leur programme de fidélisation PC Plus.

Mais avec la multiplication des programmes de fidélisation, on peut douter que cette possibilité a su réellement faire une différence. D’autant plus que Sobeys, qui a acquis les droits de distributions de Shell au Québec, s’est donnée les moyens de faire la même chose, mais avec infiniment plus de stations. Ceci dit, les gens optent-ils pour un supermarché afin d’économiser sur l’essence?

Au fil du temps, la gestion d’un tel réseau, si distincte de la mission fondamentale d’épicier de Loblaw, a sans doute représenté une distraction majeure et un fardeau croissant, d’autant plus que les marges demeurent extrêmement minces dans le secteur détail de la vente d’essence.

Cela étant, l’avenir du réseau au Québec, si petit en nombre, est difficile à prédire.

BBP a indiqué vouloir faire une entente avec Imperial Oil afin d’implanter la marque mondiale Mobil, une première sur le marché canadien.

Miser sur une marque comme Mobil peut effectivement aider le réseau à se démarquer et à acquérir une plus grande visibilité.

Mais avec seulement 10 stations, on se demande ce que BBP entend bien faire dans les prochaines années au Québec pour maximiser le retour aux actionnaires.

Ses choix sont limités. Il pourrait :

  • Adopter une stratégie à la Costco avec des prix coupés au maximum et des volumes dopés au maximum… mais il faudrait pour cela augmenter le nombre de pompes par stations.
  • Augmenter le nombre de points de vente mais ce n’est pas tous les Provigo et Maxi qui peuvent aménager une station d’essence dans leur stationnement.
  • Se contenter de gérer le réseau tel quel en visant un rendement décent ou encore, rationnaliser ce dernier, notamment en fermant le petit réseau québécois pour se concentrer dans le reste du Canada, où les coûts d’opération seront sans doute moins élevés au prorata.
Si BBP souhaitait imiter la stratégie de Costco et devenir très agressif sur le plan des prix, il aurait intérêt à augmenter à 12 au moins le nombre de pompes par station pour éviter la cohue (sur la photo, station d’essence À plein gaz de Victoriaville).

La vente à un conglomérat aussi intelligent que BBP, qui a une vision à long terme et des poches profondes, est de loin la meilleure option pour tirer le maximum du réseau actuel et Loblaw peut se vanter d’avoir fait une très bonne affaire.

Pour ce qui est du Québec toutefois, en raison de la petitesse du réseau, personne ne sera surpris advenant que BBP décide de tirer un trait sur l’aventure pour se concentrer ailleurs au Canada.

Ce serait fort dommage pour les automobilistes qui perdrait une source importante de diversité concurrentielle et de pression à la baisse sur les prix de l’essence.

DepQuébec

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